Op. 10 N° 2 1ere partie (En français)

Les exemples musicaux de cette sonate sont du Volume Trois de l’intégrale des sonates pour piano, qui sera publié en septembre 2010.

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Sonate op. 10 No. 2 en Fa Majeur
Dans la deuxième sonate de l’ensemble des trois sonates qui forment le dixième opus de Beethoven (donc, évidemment, ça serait la Sonate op. 10 n° 2), nous sommes de retour à l’humour du style Opéra Bouffe (même style que dans la Sonate op. 2 n° 3).

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Cette sonate est en fa majeur, une clé utilisée souvent par Beethoven dans des mouvements sereins et pastoraux. Par exemple, ce mouvement merveilleux de la Symphonie Pastorale :

ou, dans cette Sonate pour violon et piano,Le Printemps :

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Ce n’est pas sûr que Beethoven choisisse ses tonalités selon le caractère de la pièce. Par exemple, il y une Sonate pastorale parmi les sonates pour piano qui n’est pas en fa majeur, mais en ré majeur. Mais il est certain que pour Beethoven, il y avait des clés plus dramatiques (ut mineur, par exemple) que d’autres.

En tous cas, la tonalité du fa majeur est normalement utilisée pour des pièces plus légères et lyriques. Dans cette sonate, Beethoven ajoute ainsi une touche de plaisanterie.

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Comme dans de nombreux autre cas, Beethoven commence avec un motif très court qui n’a pas besoin de plus :

Et la réponse immédiate n’est pas longue non plus :

Je reconnais que cette réponse me fait toujours penser à un petit oiseau …

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Quelque chose d’intéressant se passe dans le début de la sonate. Souvent, une pièce classique commence de manière assez organisée, nous l’appelons le « 2+2+4 ». Cela signifie que la première moitié de la phrase commence en deux parties, qui est suivie par une partie, ayant la même durée que les deux premières parties jouées ensemble.

C’est simple. Prenons deux exemples : le premier exemple n’est pas de la musique classique, mais d’un chanson de Michael Jackson, « Human Nature » :

la première petite «partie», c’est quand il chante « Why, why » : :

Puis la réponse :

C’est notre « 2+2 »

Il continue et le « 4 » arrive : une seule phrase deux fois plus longue, au lieu de deux phrases différentes :

Si vous suivez les paroles, il utilise le même principe :

Why, Why, Tell ‘Em That Is Human Nature
Why, Why, Does He Do Me That Way

Le premier Why est une question, mais le second Why est le début d’une phrase qui se termine avec Does He Do Me That Way

C’est exactement la même formule utilisée par des nombreux compositeurs classiques – ou, si vous voulez, Michael Jackson utilise une formule utilisée souvent dans la musique classique. Dans la sonate op. 2 n° 2, la première moitié de la formule « 2+2+4 » est la suivante :

…avec la deuxième “moitié” :

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En fait, ce début (op. 2 n° 2) ressemble au début de l’op. 10 n° 2. Les « 2+2 » sont divisés encore, de telle manière qu’il devient quasi « 1 +1 +1 +1 ».

Dans la plupart des cas, le but d’une formule de « 2+2+4 » est de présenter une symétrie équilibrée. Il est une entité en soi, même si la phrase finit par «s’ouvrir» pour présenter quelque chose de nouveau, comme dans la sonate op. 2 n° 2 :

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Écoutons le début de la sonate op. 10 n° 2, d’abord le « 2+2 » :

… on peut pas finir une partie comme ça. Non, cela doit continuer :

Voilà notre clôture. Mais non pas, comme on pouvait s’y attendre, de façon symétrique, mais plutôt avec un peu moins de solidité et d’une façon fluide, grâce à Beethoven qui fait une rupture de «
2-2-4 ». Écoutons encore ce beau moment autour de 0.09 – 0.10 quand la musique « s’envole » au lieu « d’atterrir » :

La manière dont Beethoven change la façon dont la phrase « devrait » être organisée est tout – à – fait typique du compositeur. Voyez le début de la Sonate op. 57, l’Appassionata, par exemple : au lieu de commencer avec des phrases courtes suivies d’une longue phrase, , il commence avec une phrase très longue, et puis il le fait suivre d’une phrase plus courte (suivez la liaison de la main gauche : la fin de la liaison termine la longue phrase, à mon avis) :

C’est une des raisons pour laquelle le début de l’Appassionata paraît tellement mystérieux ; c’est comme si nous entrions dans une territoire sombre, inconnu :

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Le deuxième thème : le soulagement de la musique sans surprise.
Retournons à la sonate op. 10 n°. 2 : elle redémarrage avec le même motif qu’au début, mais maintenant il se tourne vers une caractère complètement différent, presque explosant :

Maintenant, le deuxième thème : Il s’agit d’une belle mélodie, et cette fois, Beethoven construit la phrase d’une manière très symétrique, ce qui est à la fois un contraste, mais aussi une nécessité musicale. Il y a besoin de quelque chose qui se révèle d’une façon prévisible. Cette nécessité rend la mélodie d’autant plus belle: le placement des éléments différents, d’où faire quoi, fait un impact énorme dans la musique de Beethoven.

Écoutons cette mélodie :

Cette mélodie est construit d’une manière la plus prévisible possible – et après les choses inattendues au début, c’est le moment idéal.
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Style Galant, Sturm und Drang et le style folklorique
Maintenant on arrive à un passage très heureux et très drôle, jusqu’à la fin de l’exposition. La musique devient une chose plus lyrique et aristocratique :

à quelque chose beaucoup plus folklorique :

Pouvoir reconnaître ces deux styles : le style plus aristocratique et élégant (ce qui est appelé le style galant) et le style plus simple et folklorique est une clé très important en jouant et écoutant la musique de l’époque de Mozart, Haydn et Beethoven. Dans les Opéra Bouffes de Mozart, le compositeur joue avec les différences de styles avec une virtuosité incroyable.

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L’autre style principal de l’opéra, l’Opéra Séria, a disparu en tant que genre car il a été écrit pour célébrer le Cour Royale : des histoires glorieuses d’Alexandre Le Grand et autres, où les héros sont des personnages sans défaut. Mais dans cette ère de démocratisation de l’Europe, les gens pensaient qu’une histoire comme celle de l’opéra Mariage de Figaro de Mozart est beaucoup plus divertissant : Figaro le Barbier essai de se marier avec Suzanna sans que le comte méchant interfère. En bref, des histoires de gens ordinaires, pas des héros.

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Écoutons jusqu’à la fin de l’exposition: pleine d’énergie, petites plaisanteries (écoutez l’accord subito piano à 0,12), et je me permet de vous signaler quelques petits moments dans la musique :

à 0,06 il y a un passage orageux. Il arrive sans une véritable raison. C’est quoi comme style ? Eh bien, je pense que c’est un peu de Sturm und Drang (« Tempête et passion » en français), qui est le mouvement dans l’art qui, contrairement à l’ère des Lumières (l’âge de raison), met une valeur artistique dans les choses non – rationnelles et plus extrêmes.

à 0.14 on peut presque imaginer un marché plein de gens, en train de bavarder.

à 0.18 vous pouvez entendre le petit “thème de l’oiseau” du début.

Amusez-vous…

Cela se termine d’une manière assez claire, non ? Bam. Bam. Bam. Trois notes.

Et bien sûr, Beethoven utilise ces trois notes de clôture pour continuer le développement :

Et puis il continue à l’utiliser, et à l’utiliser beaucoup : ces trois notes que n’était qu’un fin très simple. Bam. Bam. Bam.

Voilà, un mélange de nombreux styles dans ce mouvement : Style Galant, Sturm und Drang, le style folklorique… Cette manière était plutôt le style de Mozart, l’idole de Beethoven. Dans l’avenir, Beethoven écrira moins dans ce style “mixte” dans ses sonates.

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